24 juin 2009
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.
Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va,
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme,
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme,
Pour de vains résultats faire de vains efforts,
N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !
Victor Hugo - Recueil : Les châtiments.
05 mai 2009
La lumière du blé
"Je me suis battu pour préserver la qualité d'une lumière, bien plus encore que pour sauver la nourriture des corps. Je me suis battu pour le rayonnement particulier en quoi se transfigure le pain dans les maisons de chez moi. Ce qui m'émeut d'abord, de cette petite fille secrète, c'est l'écorce immatérielle. C'est je ne sais quel lien entre les lignes d'un visage. C'est le poème lu sur la page - et non la page.
Elle s'est sentie observée. Elle a levé les yeux vers moi. Il me semble qu'elle m'a souri... ç'a été à peine comme un souffle sur la fragilité des eaux. Cette apparition me trouble. Je sens, mystérieusement présente, l'âme particulière qui est d'ici, et non d'ailleurs. Je goûte une paix dont je me dis : "C'est la paix des règnes silencieux..."
J'ai vu luire la lumière du blé."
Antoine de Saint-Exupèry, Pilote de guerre.
02 décembre 2008
Ce que peut un homme seul ?
Texte extrait de l'article écrit par le philosophe européen Slavoj Zizek dans Le Monde du 3 Juin 2008 :
"Il a compris que l'histoire ne change pas d'elle-même. Inutile de croire que les autres s'en chargeront. Mine de rien, c'est une grande leçon. Car nous avons cru et répété, depuis des décennies, que l'histoire avançait toute seule. Avec Hegel, avec Marx, avec Bourdieu et tant d'autres, nous étions persuadés que la course du monde n'était affaire que de structures - économiques ou symboliques, sociales ou psychiques, géographiques ou politiques. Ces structures pouvaient se combiner à l'infini, mais le moteur était toujours du collectif, de l'objectif et de l'impersonnel. Ce n'étaient plus les individus qui faisaient l'histoire.
On avait donc fini par oublier combien les rouages du temps peuvent être perturbés par des grains de sable, de petits bonshommes isolés, imprévus, obstinés. Au départ sans soutien, sans crédibilité, sans argent. Pourvus seulement d'une manière singulière de penser et d'agir tout ensemble, car ces hommes seuls ne sont ni des contemplatifs ni des praticiens : ils s'activent conformément à leurs idées, ils réfléchissent en raison de leurs actes. L'essentiel ? Qu'ils ne lâchent pas. Qu'ils suivent leur chemin, lequel ne figure sur aucune carte avant qu'ils ne le tracent.
Ce que peut un homme seul ? Ramer à contre-courant, découvrir de l'insoupçonnable, défaire des pesanteurs, créer dans le flux du monde d'infimes bifurcations qui peuvent, de proche en proche, en modifier de grandes parties. Reviennent ainsi, dans la grande histoire, des bribes de hasard, d'aléa, des initiatives imprévisibles et neuves. Encore faut-il, pour qu'elles ne restent pas sans lendemain, que l'homme seul ne le reste pas indéfiniment. C'est là que tout se joue."
Parceque nous ne sommes plus seul, je voudrais tout simplement dédier ce texte a Samba Gnane, professeur de Philosophie au Lycée des Parcelles Assainies de Dakar, Président du GIE NQEL JAB, co-initiateur du projet ECOSEN et surtout un de mes amis les plus précieux.
23 novembre 2008
N comme Napeléon III
Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance,
en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France,
de l’Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène :
il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant
créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est
le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère
est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui
brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent,
l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut
qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit
et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est
impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y
ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au
nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui
du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé ».
Victor HUGO,
dans » Napoléon, le petit «
Réédité chez Actes Sud
03 août 2008
Notre peur la plus profonde
Notre peur la plus profonde n'est
pas d'être incapable ou inadapté.
Notre peur la plus profonde est
d'être puissant au-delà de toute mesure.
C'est notre lumière, pas
notre ombre qui nous effraie le plus.
Nous nous demandons :
"Qui
suis-je pour être brillant, magnifique, talentueux et fabuleux ?"
"En fait, qui êtes-vous pour ne pas l'être ?"
Vous êtes un enfant de la Nature.
Jouer petit ne rend pas service au monde.
Il n'y a rien de sage à rétrécir pour que les autres ne se sentent pas en danger à cause de vous.
Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de la Nature qui est au-dedans de nous.
Elle n'est pas seulement dans certains d'entre-nous. Elle est en chacun.
Et en laissant cette lumière briller en nous, nous donnons aux autres la permission d'en faire autant.
Lorsque nous sommes libérés de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres.
Marianne Williamson, A Return To Love: Reflections on the Principles of A Course in Miracles, 1992.
Traduction Julien Potron.
Avec une petite substitution du mot "God" par le mot "Nature"...
Our deepest fear
Our deepest fear is not that we are inadequate.
Our deepest fear is that we are powerful beyond measure.
It is our light, not our darkness
That most frightens us.
We ask ourselves
Who am I to be brilliant, gorgeous, talented, fabulous?
Actually, who are you not to be?
You are a child of Nature.
Your playing small
Does not serve the world.
There's nothing enlightened about shrinking
So that other people won't feel insecure around you.
We are all meant to shine,
As children do.
We were born to make manifest
The glory of Nature that is within us.
It's not just in some of us;
It's in everyone.
And as we let our own light shine,
We unconsciously give other people permission to do the same.
As we're liberated from our own fear,
Our presence automatically
liberates others.
Marianne Williamson, A Return To Love: Reflections on the Principles of A Course in Miracles, 1992.
Avec une petite substitution du mot "God" par le mot "Nature"...
