30 octobre 2006
Du forum Chine Afrique
Les médias chinois sont en effervescences…
Depuis une semaine ou deux, ils multiplient les reportages sur les cultures africaines, les exemples de réussites commerciales chinoises sur le continent noir, ainsi que sur l’importance croissante de la Chine en Afrique.
Sur CCTV 9, la chaîne chinoise anglophone, ainsi que sur les autres chaînes d’informations, l’Afrique est à l’honneur, et a même permis d’éclipser des médias la venue du président français.
Xinhua, l’agence de presse chinoise annonce qu’à la fin de cette semaine les grandes avenues de la capitale seront interdites à certains véhicules et demande à la population de prendre ses précautions pour éviter les grands axes de communication.
En effet le troisième et plus important sommet sino-africain de l’histoire, ou FOCAC pour « Forum On China-Africa Cooperation », va avoir lieu à Pékin du 1er au 6 novembre 2006, après ceux de Pékin en 2000 et de Addis Abeba en 2003.
Ainsi les 48 pays africains ayant des relations avec la Chine seront présents au sommet, et quant aux cinq pays n’ayant pas de relation diplomatiques avec la Chine (c'est-à-dire le Burkina Faso, le Swaziland, le Malawi, la Gambie et les îles de Sao Tome & Principe), ils ont tout de même reçu quelques invitations en tant qu’observateurs, et seront probablement représentés lors de ce rendez vous historique.
Plus de 30 chefs d’Etat africains feront quant à eux le déplacement, l’atmosphère est donc aux préparatifs à Pékin comme partout où la diaspora africaine est présente. Ainsi les quelques 1200 étudiants africains percevant une bourse d’étude par le gouvernement chinois, ont été pour la plupart conviés par leurs ambassades au sommet, et s’apprêtent à monter à Pékin.
Ainsi la petite dizaine d’étudiants camerounais de Nankin s’apprête à prendre le train dans deux jours pour Pékin, afin d’y retrouver leurs compatriotes étudiants boursiers, la fête s’annonce haute en couleur à Pékin ce week-end…
Les sujets qui seront abordés lors de ce forum seront nombreux et toucheront à tous les domaines où la coopération sino-africaine est active et où elle doit être développée.
Ce sommet ne fait pas forcément plaisir à certaines puissances comme la France, l’Angleterre ou encore les Etats-Unis d’Amériques, qui perdent petit à petit de leurs influences en terre d’Afrique.
Un haut dirigeant français n’aurait il pas déclaré ses inquiétudes quant à voir la Chine investir en Afrique sans tenir compte des exigences de bonne gouvernance. À croire que la France ait la mémoire très courte, et ait oublié ses implications plus que douteuses dans les affaires africaines de la dernière décennie, pour ne citer qu’elle. En effet ce haut dirigeant aurait il oublié le Rwanda, l’implication française dans le conflit ivoirien ou encore le soutien politique et parfois militaire apporté aux régimes togolais, camerounais, gabonais et bien sûr tchadien, pour ne citer qu’eux.
Ce sommet s’affiche donc pour l’Afrique comme une véritable alternative économique et politique au paternalisme ravageur des anciennes puissances coloniales. Mais les pseudo démocrates corrompus d’Afrique sauront ils tirer partie de cette situation et fixer les limites politiques de la coopération Sino-Africaine à leurs homologues ? Enfin les peuples d’Afrique pourront ils réellement profiter de ses accords ?
Rien n’en est moins sûr aujourd’hui… Mais qui sait ?
De la venue de M.Chirac en Chine
Que retiendront les français de la visite de quatre jours de leur président en Chine ?
Que celui-ci aura signé des accords commerciaux d’une valeur supérieure à 5 milliards d’euros, signant le plus gros accord aéronautique jamais signé par la Chine, et qui voit EADS s’octroyer un bon de commande de 150 Airbus A-320, en permettant un large transfert de technologies vers la Chine, grâce à l’installation de l’usine qui permettra de livrer ces avions, et sûrement d’en fabriquer d’autres. Ou encore l’accord permettant à Alstom de faire fabriquer en Chine les 500 locomotives de fret, que l’empire du milieu lui a commandé.
Les français ne retiendront sûrement pas que le président n’aura pas réussi à refourguer à la Chine, pour cause de concurrence américaine, les quatre réacteurs de troisième génération développés par le fleuron des entreprises françaises d’état côté il y a peu en bourse, à savoir Areva.
Jacques Chirac aura fait à l’université de Pékin un discours brillant, comme nombreux de ses discours à l’étranger, rappelons nous de celui de Johannesburg en 2002, M. Chirac rappelant l’importance du multilatéralisme international et réaffirmant l’importance de la coopération internationale au sein des organisations internationales et du conseil de sécurité de l’ONU.
Le président Chirac aura d’ailleurs durant ce séjour parfaitement défendu la paix et la démocratie dans le monde en rappelant le caractère anachronique de l’embargo sur les livraisons d’armes à la Chine, imposé par l’Europe au lendemain de l’épisode de Tiananmen en 1989. De plus M.Chirac aura réaffirmé son opposition à l’indépendance de Taïwan, s’assurant par la même occasion une parfaite amitié de la part de la République Populaire de Chine.
Mais ce que retiendront les français c’est peut-être le message subliminal distillé par l’Elysée dans les médias français, et qui voudrait que M.Chirac ait parlé des problèmes de droits de l’homme en Chine, ou encore du problème survenue à la frontière du Népal la semaine passée.
Les français retiendront enfin le silence de M.Hu en ce qui concerne l’irrespect des droits de l’homme pratiqué actuellement en France, sur le dossier des bavures policières, des sans papiers, des médias ou encore de la corruption propre aux cercles du pouvoir de l’Etat français.
Décidemment nul n’est parfait…
Ce que retiendront les chinois de la venue du président français dans leur pays ?
Enfin tant l’événement est passé presque inaperçu en Chine, seul les chinois qui auront cherché l’information, retiendront le caractère anachronique de l’embargo sur l’importation d’armes de 1989, le caractère amical qui lie les deux pays, ainsi que la volonté affichée par le pays de Montesquieu de faire reconnaître par l’Union Européenne le caractère véritable de l’économie de marché chinoise.
Ils auront noté la ferme volonté française de vouloir continuer à entretenir des rapports amicaux de longue durée avec la Chine, ainsi que la volonté affichée par les français de vouloir soutenir le développement chinois en transférant leurs technologies au profit de l’Etat socialiste.
Ils retiendront aussi le soutien moral de la France à la Chine, en ce qui concerne la résolution des problèmes politiques et économiques relatifs à la croissance économique actuelle, en référence à la lutte féroce menée actuellement en Chine par le gouvernement central de Pékin, contre la corruption.
Et enfin ils se souviendront peut-être du travail diplomatique mené de concert par les deux puissances.
En conclusion, puisque les accords commerciaux signés entre la France et la Chine ne concernent pas l’intérêt de la France, mais plutôt les intérêts de firmes multinationales d’origines françaises ainsi que les intérêts de la classe politique au pouvoir à Paris, il semblerait plutôt que la France, qui perd de son influence diplomatique dans le monde soit venue se rassurer auprès de la future première puissance économique mondiale…
Affaire à suivre…